Voyage au cœur d’une insomnie

Voyage au cœur d’une insomnie

Il y a des insomnies usantes et d’autres, fascinantes. Celle qui s’est invitée cette nuit m’a sorti du pays des Cimmériens avec une nonchalance telle qu’il m’est difficile de lâcher le moindre râle. Aucun demi-sommeil possible. Éveillé par le chant des vagues venues se déchirer sur un rivage, mélodie puissante et régulière, je me retrouve poussé à chaque battement d’un métronome océanique hors des rêves. Mais, aussitôt qu’un réveil semble pointer son nez, sous le poids opaque de la nuit, je subis une mélodie à contretemps me repoussant vers Morphée. Un air cyclique, celui d’un train de marchandises d’un autre temps qui court sur les rails disposés tout le long de la grève, donne de la lourdeur à mes paupières.

Comme pour celui qui sait lire une fugue, qui voit succéder à la beauté de la musique la magie de la structure déployée avec une troublante constance, j’entends et visualise la polytonalité d’un ensemble vague-train, tout en me lassant de me laisser traîner au fond d’un lit trop confortable.

S’invite à ma grande non-surprise une pensée ou plutôt, devrais-je dire, un flot de pensées. Comme tant de réminiscences vécues à l’instant, je revis, par paquets, des souvenirs d’enfant, d’adolescent, d’adulte. Des bons et indéniablement des moins bons. Des matchs de hand-ball amateur glorieux, ma première audition de jazz, épouvantable trace d’un échec cuisant… Comme pris dans un polyèdre, forme géométrique multidimensionnel, je me retrouve à circuler au cœur de ma mémoire, à rebondir d’un souvenir à l’autre avec une vivacité troublante. Avec une clarté telle que j’en arrive à m’interroger. Suis-je en train de rêver, de repenser des souvenirs, de vivre ces mémoires ?

La dernière formulation – de vivre ces mémoires – met une pause à ma partie de flipper mentale. L’étonnant réalisme avec lequel je vis chacune de ces scènes me sonde. Suis-je en train de rappeler un souvenir, ou de vivre une page de ma mémoire ? Le passé se réalise toujours à partir du présent. Passé que de toute évidence j’altère régulièrement, réécrivant le passage du grimoire qui servira de base à ma prochaine visite. Il faut entendre le verbe conjugué « altère » (altérer) en référence à un de ses emplois dans un contexte musical : qui altère une note de façon accidentelle sur une mesure ; en d’autres termes, un temps. Mais si cette altération soudaine ne dure que le temps d’une mesure, elle n’en est pas pour autant sans importance. Elle créera un temps à part dans une phrase musicale. La rendant singulière, lui offrant un instant neuf pour l’oreille. L’altération d’un souvenir au cœur d’une visite, d’un moment présent, lui donnera une nouvelle réalité qui servira de base à un autre présent.

Du fond d’un sommeil endolori, cerné de toutes parts par un passé dans le présent qui perd un peu la boule, me vient une ultime question. Quelle véracité accorder à un passé qui se recompose au présent ? Mon passé par ailleurs n’existe pour moi qu’au présent, qu’à partir de chacun de mes rendez-vous avec lui, jamais choisis, toujours impromptus. Il n’a aucune matérialité en dehors de ce contexte où il répond sans cesse présent. Dans une diamétrale opposée, la question trouve une résonance naturelle. Le futur se propulse du présent. Le futur s’éprouve qu’à l’intérieur du présent (j’exclus évidemment toutes les constructions proposées par la nouvelle physique qui pose la question de la définition même du temps tel que je l’évoque ici). Donc si, avec un brin de radicalité, j’en arrive à constater que mon passé n’existe pas vraiment hors du contexte, qu’il en est de même pour le futur… que reste-t-il de la formule à la mode « vivre l’instant présent », puisque de toute évidence mon passé s’y situe et s’y altère de façon vivante et que mon futur en jaillit ?

Le soleil pointe à l’horizon. Une chose m’apparaît comme une évidence. À chaque vague qui s’échoue s’adosse un mouvement de repli. L’océan se retire après avoir crié. Le choc est brutal. Le retrait est libératoire, calme, silencieux. Il est temps que je me lève. Je reviendrai un jour à cette grappe de questions qui indéniablement frappera à ma porte dans un avenir plus ou moins proche. Comme toujours, je répondrai présent – à l’instant donné.

FATIGUE : 9 SOURCES À EXPLORER

FATIGUE : 9 SOURCES À EXPLORER


Fatigue. Nous prononçons tous ce mot régulièrement

Parfois plusieurs fois par jour, dans des circonstances qui touchent à tous les aspects de notre vie. Parfois même, à des moments où nous cherchons à nous reposer. Au travers de mon expérience personnelle et professionnelle, je suis allé à la rencontre de cette « Fatigue ». J’ai aussi enrichi cette rencontre grâce aux entretiens que j’ai eus avec des professionnels du développement personnel et de la santé. De cette exploration qui m’a accaparée ces dernières années, j’ai tiré un livre, découpé autour de neuf thématiques. Neuf domaines où nous nous épuisons un peu, beaucoup, parfois même trop. A force de focaliser toute notre énergie sur le combat à mener pour vaincre notre fatigue et ses sources, nous ne voyons parfois rien d’autre que le point noir sur la feuille, et en oublier tout l’espace blanc à notre disposition. J’en suis donc arrivé à distinguer les neuf thématiques suivantes où la fatigue se niche au cœur du travail, de la famille, de l’actualité, du smartphone, de nos vacances…Et paradoxalement, au cœur de ce phénomène de mode qui érige le bien-être en objectif de vie à atteindre à tout prix… parfois épuisant !

Toutes ces fatigues ne sont pas cloisonnées. Elles s’entremêlent sans cesse, en nous, avec nos proches, avec ceux que nous côtoyons, pour finir par aboutir à une fatigue collective. La fatigue est donc partout et nous amène à vivre dans un monde qui s’épuise autant qu’il nous épuise. Le premier réflexe pour beaucoup d’entre nous est de s’atteler à ignorer ou combattre la fatigue. Dans ce livre, j’ai voulu proposer un autre rapport, un autre lien à tisser avec elle. J’ai voulu proposer de renverser certaines de nos habitudes installées pour dire Goodbye Fatigue et ne plus subir sa fatigue et celle des autres. Dans cette approche, je me suis appuyé, sur des exemples concrets, des suggestions sous forme d’exercices. L’intention étant d’amener tout un chacun à trouver de nouvelles possibilités au cœur de la fatigue. Mais aussi d’apprendre à vraiment se reposer d’elle, et sur elle, et profiter ainsi de ce que la vie a de meilleur à offrir.

Goodbye Fatigue ! L’art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres – Présentation du livre

livre Goodbye Fatigue - Léonard Anthony

Les charges multiples sur nos épaules, le monde numérique envahissant, la routine pesante, les injonctions perpétuelles au bonheur et à la perfection… tout cela était déjà là avant la crise sanitaire. Nous étions fatigués, maintenant nous sommes cuits !

Ce livre plein de bon sens est né de l’expérience de son auteur et d’années de rencontres avec des « fatigués » qui lui posent tous la même question : « Comment faire pour ne plus subir sa fatigue et celle des autres ? »

Léonard Anthony nous propose des solutions simples et concrètes pour dire « Goodbye Fatigue » et jouir enfin d’une liberté nouvelle.


Goodbye Fatigue ! TABLE DES MATIÈRES

  • Chapitre 1 : Vous êtes à bout de souffle ? Avec ou sans masque, ne passez plus à côté de l’essentiel.
  • Chapitre 2 : À force de vouloir tout gérer, tout contrôler, vous êtes sur les rotules ? Quittez la roue, vous n’êtes pas un hamster.
  • Chapitre 3 : L’actualité vous fait voir la vie tout en noir ? Soulagez-vous, ne portez pas le monde sur vos épaules.
  • Chapitre 4 : Vous êtes trop sensible, tout vous agresse ? Vous êtes un super-héros, apprenez à vous servir de votre pouvoir.
  • Chapitre 5 : Vous buggez trop souvent ? Déprogrammez votre dépendance digitale, apprenez à votre smartphone à se reposer.
  • Chapitre 6 : Vos week-ends, vos vacances tournent au cauchemar ? Posez les valises, retrouvez la marmotte qui sommeille en vous.
  • Chapitre 7 : Votre travail vous consume ? Mettez-vous au boulot, éteignez l’incendie.
  • Chapitre 8 : Votre quête de la perfection vous rend parfaitement malheureux ? Soyez imparfait, allez à la conquête de votre équilibre.
  • Chapitre 9 : La routine vous endort ? Éveillez-vous, vous n’êtes pas un zombie !

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Goodbye Fatigue ! extrait 

« Ça va, toi ?

— Pff… fatigué. Et toi ?

— Épuisé, éreinté, à plat… au bout du rouleau ! J’te raconte pas, j’en peux plus… »

Ça n’aura échappé à personne, la crise sanitaire qui a marqué l’ensemble de la planète nous a terrassés. Pris au dépourvu et ballottés dans tous les sens, nous sommes passés de la fatigue au surmenage, du surmenage à la lassitude, de la lassitude à l’épuisement. Lessivés et exaspérés, nous ne sortirons pas tout à fait indemnes de cette longue bataille si nous ne faisons rien.

Mais soyons honnêtes un instant : depuis combien de temps ressentons-nous l’impression d’être fourbus ? Nous repoussons nos limites depuis des années. Les agendas millimétrés, les charges multiples sur nos épaules, le monde numérique envahissant, la routine usante, les injonctions perpétuelles au bonheur et à la perfection, les nuits sans sommeil… Rien de tout cela n’est apparu fin 2019 dans un curieux labo à l’autre bout du monde. Plus qu’un phénomène provisoire, la fatigue dont nous nous plaignons aujourd’hui collectivement était déjà bien installée avant l’irruption du Covid dans nos vies. Au travail, à la maison ou même en vacances, ces petites mouches du coche désagréables se sont transformées en une charge d’éléphants qui écrase tout sur son passage, les rares moments de répit ne suffisant plus pour récupérer. On pourrait s’arrêter à ce constat et se résigner. Nous sommes crevés, comme tout le monde, c’est ainsi. Acceptons de vivre un peu, mais pas trop, de vivre à demi.

Il existe une autre option : puisque nous sommes complètement sous l’eau, nous pouvons réagir et saisir l’occasion de donner un grand coup de pied au fond de la piscine pour remonter à la surface. Vous pouvez le croire, il est possible de s’alléger d’un fardeau qui nous pèse depuis bien trop longtemps !

(Lire un extrait)

Goodbye Fatigue ! L’art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres.

Goodbye Fatigue ! L’art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres.

leonard-anthony

Bonjour à tous,

Je suis heureux de vous annoncer la publication de mon nouveau livre, Goodbye Fatigue ! L’art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres, le 4 novembre prochain.

À la suite de la publication d’une vidéo que j’ai faite pour la chaîne Brut – et qui a été vue un peu plus de 6 millions de fois – sur « Comment sortir de la spirale de la fatigue ? », j’ai fait face à une avalanche de messages et de demandes de rendez-vous de « fatigués ».

Dans l’impossibilité de répondre à tous, j’ai rédigé ce livre qui se distingue de mes précédents travaux par son côté didactique et pratique. J’ai voulu apporter des réponses aussi simplement que possible à cette question qui m’a été posée dans toutes les demandes que j’ai reçues, à savoir : « Que faire pour me soulager de cette fatigue ? »

J’y ai réuni les solutions nourries par ma pratique de l’hypnose et du yoga nidra qui ont trouvé une résonance auprès des personnes épuisées par la vie quotidienne, d’autant plus depuis le début de la pandémie, avec en tête la volonté d’être direct et en même temps léger – la fatigue si elle pèse, pour s’en défaire, ne doit pas être perçue comme une tragédie.

Le livre sera disponible dès le 4 novembre en librairie et chez les revendeurs en ligne, en livre papier, livre électronique et livre audio. Vous pouvez aussi commander directement, pour vous-même ou pour offrir, des exemplaires que j’aurai le plaisir de dédicacer. (cliquez-ici)

Un immense merci pour votre fidélité et pour l’intérêt que vous portez à la réflexion que je mène sur ces sujets qui me tiennent à cœur depuis tant d’années.

Chaleureusement,
Léonard


Couverture du livre Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres.

Présentation de l’éditeur :

Les charges multiples sur nos épaules, le monde numérique envahissant, la routine pesante, les injonctions perpétuelles au bonheur et à la perfection… tout cela était déjà là avant la crise sanitaire. Nous étions fatigués, maintenant nous sommes cuits !

Ce livre plein de bon sens est né de l’expérience de son auteur et d’années de rencontres avec des « fatigués » qui lui posent tous la même question : « Comment faire pour ne plus subir sa fatigue et celle des autres ? »

Léonard Anthony nous propose des solutions simples et concrètes pour dire « Goodbye Fatigue » et jouir enfin d’une liberté nouvelle !

Format broché – Prix : 16.90 € TTC

Commander un exemplaire dédicacé du livre

Pour commander en ligne :

Amazon.fr Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres. Cultura.com Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres. FNAC.com Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres.  Place des Libraires - Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres. KOBO.COM - Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres. books.apple.com - Goodbye Fatigue ! L'art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres.
Ô Ré du bois !

Ô Ré du bois !

Ô Ré du bois… cette formule pourrait sonner comme le début d’une incantation égyptienne faite en une belle journée d’été en hommage au dieu soleil (Rê plus exactement). Dans le cas présent, il n’en est rien. Il est question d’un Ré qui s’exprime dans un tout autre registre : celui d’une résonance fugace de la note de musique qui porte son nom, Ré, dans un lieu singulier, au milieu d’un bois.

Au cours d’une promenade, perdu dans mes pensées noyées au milieu des arbres, j’entendis tinter un Ré. Étais-je influencé par Scriabine qui lui avait attribué la couleur jaune brillant — le soleil n’est pas loin — dans son Prométhée ? Association qu’il fit sur la base d’une table de correspondances qu’il imagina entre le spectre des hauteurs sonores et celui des couleurs. À l’exception de rares rayons du soleil balayant les cirrostratus par-delà l’épais manteau laineux, le temps automnal, gris brun, de cette journée laissait peu de doute à cette éventualité.

Mais cette note, possible ré-manente de mon dépouillement involontaire, telles les branches délaissées sur l’humus forestier une fois un arbre abattu, laissait jaillir une toute nouvelle perspective dans le paysage sonore et visuel où je m’étais perdu.

Mais avant d’en arriver là, il me fallait prendre racine.

Tout commença, quand, un matin à la campagne, pris d’un profond ennui, je m’abandonnai à l’idée d’une promenade dans un bois, par une journée à demi-pluvieuse, une journée comme je les affectionne peu. Poussé par un élan irrationnel, je quittai le poêle où je m’étais réfugié pour braver le vent et la pluie fine fixée en chapelet de gouttes sur les feuilles sèches suspendues aux branches ensommeillées des arbres.

Au bout de quelques minutes de marche, jaillit de nulle part une strophe qu’il m’arrive de prononcer à celui ou celle qui dépose devant moi la plainte de notre temps, celle de ne pas être à sa place dans la vie, celle de ne pas trouver sa place dans la vie. Et si vous preniez simplement racine ? Posez vos deux jambes sur le sol, laissez-les s’enfoncer et puiser dans la terre tel un arbre tout ce qu’il y a disposition. Laissez faire vos jambes et vos pieds, comme les racines d’un arbre savent ce qui est bon pour les feuilles et les fleurs à l’autre bout du tronc, ils sauront quoi faire pour vos pensées et errements.

Si la proposition m’a parfois fait passer pour un poète exubérant, ce jour-là, je décidai d’arpenter littéralement ma suggestion en m’enracinant, pieds immergés dans l’humus, au beau milieu du bois. Exaspéré ou épuisé par ma double initiative — celle de sortir et de rester planté là —, j’acceptais l’abandon de toute velléité à explorer une autre initiative, de toute évidence foireuse. Ce n’était pas le jour d’entreprendre quoi que ce soit. L’attente laissa place au temps dilaté, et mes pieds pouvaient dès lors s’enfoncer sans retenue, mes paupières trempées, non par la rosée poétique, mais par la pluie molle et pesante.

La note jaillit : Ré. Le vent plus fort faisait chanter les arbres. Je pouvais puiser dans la résonance de ce Ré, non pas dans le sol humide, mais dans les cimes feuillues, le chant de la terre. Il ne me resta plus qu’à rejoindre l’ô-ré-e du bois, le reste était déjà accompli, comme souvent, sans effort.

De bonnes résolutions…

De bonnes résolutions…

Chaque début d’année est l’occasion pour un grand nombre de personnes de fixer un nouveau départ, de prendre « De bonnes résolutions… ». Arrêter de fumer, maigrir, se mettre au sport, au chant, trouver l’amour[1]… la liste de ces vœux pieux est souvent infinie, et la bonne volonté qui la porte ne tient qu’à un fil. Ce même fil qui fit basculer quelques heures auparavant le compteur du calendrier, le fil du temps qui passe. Minuit tonna. Soutenu par un espoir nourri au cours de la soirée par des verres enchaînés, cousues les uns aux autres par un flot ininterrompu de paroles, les décisions impossibles deviennent accessibles. Tout ce qui était impensable il y a encore quelques jours devient mission possible.

Nous le savons tous, pour l’avoir vécu personnellement ou constaté autour de nous, l’écho du final symphonique d’une veillée festive finit toujours par s’estomper dans le chant du quotidien qui ne manquera pas de rappeler en chœur l’emprise de la banalité retrouvée. Le stress, nos inquiétudes, le rythme de nos vies, remplissent à nouveau le puits de nos angoisses et rappellent, sirènes hurlantes, chacune des habitudes à abandonner, éloignant celles à adopter.

S’il est besoin de le prouver, une étude universitaire a démontré que plus de 85 % des personnes ayant pris des résolutions de Nouvel An, et ayant fait l’objet d’un suivi, ont fini par délaisser le ou les objectifs fixés.

En m’interrogeant sur le sujet m’est venu l’envie de retourner au sens de la démarche.

En prenant acte d’adopter des résolutions, nous cherchons d’une certaine façon à résoudre quelque chose [resolutio en latin]. Soit à dissoudre une mauvaise habitude, à la décomposer, la désagréger, s’en dissocier, s’en disjoindre, à nous détacher d’une source de tension. Soit à renouer avec soi, avoir de nouveaux desseins, de nouvelles visées… En d’autres termes, toute personne entrant dans un ensemble de résolutions cherche à redéfinir une adéquation entre ce qui résonne au plus profond d’elle-même et ce qui surgit du monde dans lequel elle est amenée chaque jour à se mouvoir. De ce dernier naît d’infinies possibilités, tant pour nourrir cette liaison que pour l’assécher. Cette interaction individu/monde ne cesse jamais. Nous le savons aujourd’hui, elle commence intra-utérine, dès les premiers instants de notre conception, puisant en parallèle dans le passé transgénérationnel et culturel de nos parents, certains diront l’inconscient collectif universel qui varie selon les croyances de chacun à travers le temps, l’histoire et l’espace[2]. Il n’est donc pas surprenant que, pris dans une immixtion constante, jaillissent des dissonances à résoudre.

Si l’acte volontaire, porté par un individu — résolu à réussir — ne semble pas être gage de succès, nous n’avons d’autres choix que d’interroger de nouvelles directions. La boussole qui nous oriente indique quatre points cardinaux, les gradients la composant sont innombrables et offrent une myriade de chemins à suivre. En voici un d’entre eux.

En relisant quelques textes extraits des Védas m’est venue une interprétation libre, métaphorique de ce qui relie l’humain à la vie.

Ce qui anime un individu — certains l’appelleront âme, d’autres le soi — pourrait s’apparenter à l’épicentre d’une forme courbe fermée, dont la circonférence est en constante évolution, non limitée dans l’espace, ni dans le temps. Son contour, en aucun cas obligé de respecter la courbure parfaite d’un cercle, parfois embrassant celle d’une ellipse, au mieux affranchi de toute contrainte géométrique, gagne à acquérir la flexibilité d’un fil qui se détend[3] par le biais d’un mouvement permanent. Libéré de toutes tensions — une des définitions du mot résolution —, tout en conservant sa forme fermée maintenant une unicité, l’épicentre explore, au gré de ses pérégrinations, toute l’étendue du monde disponible à un instant donné, du périhélie à l’aphélie.

Mais, si le mouvement est essentiel, il est important de ne pas le confondre avec l’agitation. La forme peut s’agiter sans jamais se déplacer, et de facto sans étendre son champ. Elle n’offre alors dans le temps qu’un espace aride, asséché de toutes possibilités, d’où rien ne peut jaillir. A contrario, la souplesse d’une forme évolutive ouvre sans cesse sur de nouveaux territoires fertiles.

Il nous arrive souvent, pris dans le flot constant de nos vies modernes et de l’agitation qui en découle, de nous enfermer dans nos habitudes, dans des comportements parfois jugés toxiques ou simplement disharmonieux. Le cercle figé formé par notre quotidien, exploité à l’infini à un rythme qui ne cesse de s’accélérer, n’offre plus qu’une terre vidée de toutes ressources dont rien ne peut surgir. Pour répondre à cette situation, la mise au repos de nos vies, le fait de les ralentir, l’observation non objectivée, redistribue leur périmètre.

En m’appuyant toujours sur une symbolique géométrique, sans perdre la liaison védique, me sont apparues encore d’autres perspectives.

Si le cercle, l’ellipse, la forme libre fermée souvent en mouvement, offre à l’épicentre de nouveaux territoires à cultiver, qu’en est-il d’une sphère, d’un ellipsoïde, ou de toutes formes animées en plusieurs dimensions[4] ? Le champ des possibilités s’ouvre à l’infini. Le présent devient une modalité du temps passé et futur — cette obstination de vivre l’instant présent dissolue au cœur de notre entendement lui-même fondu dans de nouvelles dimensions. Nous pouvons dès lors, comme le propose le philosophe Vivekananda dans ses nombreux discours, « Être dans le monde et non pas du monde ». Il ne nous reste plus qu’à abandonner toute résolution pour laisser apparaître une vision claire[5]. L’ombre portée de nos vies étalée sur une même étendue arrête d’agir comme un manteau neigeux. La surface de la forme est sans frontière. L’éclairage peut jaillir de partout.

Le mot résolution(s) peut alors se fractionner en deux blocs : Ré (dieu soleil chez les Égyptiens),  et la lumière fut… Solution(s) : elles apparaissent, comme la vie qui surgit au cœur d’un monde — ensoleillé, éclairé — qui renaît. Parce que la vie existe, nous avons tout intérêt à la saisir dans toutes ses dimensions.


épilogue :

Si l’on observe en perspective un cercle posé sur une surface plane… se dégage une ellipse. Un rien peut modifier l’ensemble des dimensions disponibles.


[1] « Le groupe Meetic France recense ainsi que le premier dimanche de 2019, le nombre d’inscriptions sur l’application était deux fois plus élevé que la moyenne journalière, et qu’il y avait une augmentation de messages échangés de + 62 % par rapport à un jour classique ». Source : https://www.20minutes.fr/societe/2687179-20200105-love-sunday-pourquoi-premier-dimanche-janvier-affole-compteurs-applis-rencontre

[2] Pour n’en citer que deux : l’inconscient collectif et universel de Young jusqu’à la réincarnation considérée par le bouddhisme et l’hindouisme.

[3] Une des illustrations données par la physique moderne des cordes — élément central de la théorie des cordes — correspond assez bien à cette description.  https://www.wmaker.net/einstein2a/INTRODUCTION-A-LA-THEORIE-DES-CORDES_a42.html

[4] Là encore, la théorie des cordes est une illustration éclairante pour visualiser l’ensemble. Les ouvrages et les vidéos de Brian Greene sont une excellente source introductive. À titre indicatif : L’Univers élégant (Robert Laffont, 1999).

[5] En sanskrit, rappelle Vivekananda, le mot « philosophie » s’apparente à une vision claire et non pas à une sagesse.

Hommage à François Roustang

Hommage à François Roustang

« Comment le regard de François Roustang éclaire notre existence ? »

Hommage François Roustang

Fabrice Midal, philosophe et fondateur de l’école occidentale de méditation, organise le 6 novembre prochain une rencontre pour mieux faire connaître l’œuvre François Roustang.
J’aurai le plaisir à être aux côtés de Jean-Marc Benhaiem, Philippe Aïm, Nicole Prieur et bien sûr Fabrice Midal, pour évoquer la mémoire de cet homme au parcours hors du commun, qui a marqué l’histoire de l’hypnose et auquel j’ai consacré mon dernier ouvrage « Qu’est-ce que l’hypnose de François Roustang ? ». J’évoquerai tout au long de mon intervention notre rencontre, et cette question – Qu’est-ce que l’hypnose ? – qui ne nous a jamais quittés.
Information et inscription : https://www.fabricemidal.com/hommage-a-francois-roustang/